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Son acronyme anglais (CIRMMT) se prononce de la même façon que le nom de la grenouille Kermit, mais la comparaison avec une pieuvre serait plus appropriée.

Le Centre de recherche interdisciplinaire en musique et médias (CRIMMT - fondé en 2001) siège dans le rutilant Nouvel édifice de musique à l'angle des rues Alymer et Sherbrooke. Le CRIMMT, composante clé de l'École de musique Schulich de l'Université McGill, étend ses tentacules bien au-delà de son repaire pour joindre d'autres départements et facultés, de même que l'Institut neurologique de Montréal, l'Université de Montréal et l'Université de Sherbrooke.
« Le mot clé dans l'acronyme CRIMMT est 'interdisciplinaire', explique Stephen McAdams, qui en est le directeur. Il s'agit d'un environnement où la collaboration entre participants de disciplines complémentaires permet, d'une part, de solutionner des problèmes qu'aucun n'aurait pu résoudre seul avant cette mise en commun d'expertise - et, d'autre part, de générer des pistes de recherche jusqu'ici inconcevables. »
Parmi les scientifiques de McGill qui participent aux projets du CRIMMT, mentionnons le professeur de psychologie Daniel Levitin, qui s'intéresse à la psychologie de l'ouïe, et le professeur de génie électrique et informatique Jeremy Cooperstock, dont l'apport se situe au niveau de l'utilisation d'ordinateurs dans la conception d'un système de vidéoconférence à la fine pointe.
La principale liaison hors campus s'effectue par l'entremise du Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (International Laboratory for Brain, Music and Sound Research ― BRAMS) dont le siège est situé à l'Université de Montréal et dont la direction est partagée entre le professeur de McGill Robert Zatorre de l'Institut neurologique de Montréal et Isabelle Peretz du Département de psychologie de l'Université de Montréal.

BRAMS conduira la majorité des travaux touchant l'électroencéphalographie - imaginez des sujets écoutant joyeusement Beethoven, des électrodes placées sur le crâne. Ces travaux viendront étayer la prépondérance accordée par McGill à la perception et la cognition musicales.
Le Groupe acoustique de l'Université de Sherbrooke apporte sa contribution aux scientifiques du CRIMMT par l'entremise d'experts en acoustique tels qu'Alain Berry, qui collaborera avec les ingénieurs de son du célèbre Programme d'études supérieures en enregistrement du son de McGill.
Les rencontres sont prometteuses. Par tradition, McGill considère la pratique d'enregistrement des oeuvres de Beethoven ou Stravinsky, ou même de Brian Eno et d'Harry Belafonte, comme relevant purement de l'art plutôt que de la science.
À plusieurs égards, le CRIMMT rend cette vénérable démarcation moins distincte.
Les bureaux du CRIMMT et les laboratoires du Nouvel édifice de musique portent la marque du 21e siècle, avec leurs lignes élégantes et leurs couleurs neutres. Personne n'oserait confondre ce lieu de chêne et d'aluminium avec le Conservatoire de Moscou.

Autre lieu de recherche du CRIMMT, la Salle de récital Tanna Schulich, qui compte de 200 sièges, permettra des applications pratiques telles que la distribution d'ordinateurs de poche sans fil aux membres de l'auditoire afin que ces derniers puissent transmettre par courriel une rétroaction en temps réel.
De même, les aspirants Callas et Caruso de l'Opéra McGill pourront se prévaloir du moderne studio de répétition d'opéra Wirth situé au sous-sol du nouvel édifice. Et le CRIMMT sera à l'écoute, brandissant capteurs et caméras afin de mieux comprendre de quelle façon les chanteurs se déplacent et respirent.
Adjacent aux salles de répétitions se trouve le plateau d'enregistrement le plus perfectionné au monde : une boîte noire isolée acoustiquement qui permettra de placer des orchestres entiers avec choeur sous l'observation du CRIMMT. Des chercheurs d'Hexagram, un collectif en arts médiatiques constitué de membres de Concordia et de l'UQAM, ont déjà manifesté leur intérêt au sujet de cet espace.
McGill doit encore recueillir 10 millions de dollars sous forme de dons et construire une salle de contrôle sur mesure avant de pouvoir compléter le plateau d'enregistrement, ce qui signifie que plusieurs des prestigieux projets annoncés ne verront pas le jour avant 2006-2007.
Dans un esprit avant-gardiste, le CRIMMT s'intéresse aussi à cette pratique tout à fait moderne qu'est la téléprésence, la transmission de la musique par Internet, sur le plan auditif et visuel, en temps réel. La téléprésence permet à un violoniste de jouer une sonate de Mozart à Montréal accompagné d'un pianiste à Sydney. « Vous voulez sentir que l'autre musicien est à vos côtés, pas à l'autre bout du monde », indique Steven McAdam.

Le choix de Montréal pour instaurer le CRIMMT était tout naturel en raison de la concentration d'établissements universitaires et de la nature progressiste des professeurs qui s'y trouvent.
Évidemment, l'envergure de McGill, un établissement aux larges horizons, a été l'un des facteurs déterminants dans la mise sur pied du CRIMMT. La combinaison de Montréal et de McGill a convaincu Steven McAdams de quitter l'Institut de recherche et de coordination acoustique/musique (IRCAM), le célèbre centre souterrain de Paris qui rassemble toutes les activités acoustiques et progressives. En bref, on pourrait décrire le CRIMMT comme le 'nouvel IRCAM'.

Le 'produit' direct du CRIMMT sera la connaissance, mais les applications au niveau technologique et les produits destinés à la commercialisation ne sont pas écartés. McGill ne s'intéresse pas expressément au développement de produits destinés à la commercialisation, mais il n'est pas impossible que les percées du CRIMMT contribuent à améliorer le son d'ambiance des systèmes de cinéma maison.
Internet offre également un formidable potentiel de croissance. La plupart des moyens de se procurer des enregistrements musicaux en ligne sont désormais illégaux. Seul un maigre pourcentage des droits est acquitté. Les recherches du CRIMMT sur la bande à large diffusion pourraient-elles mener à la découverte de moyens inédits de commercialiser la musique en toute légalité?

Selon Steven McAdams, il ne faut surtout pas croire que McGill renie sa solide position de meilleure école professionnelle de formation musicale au Canada. L'École de musique Schulich de l'Université McGill demeurera aux premières lignes en vue de donner de nouveaux horizons à l'étude traditionnelle de la musique.
« La musique évolue, et la technologie y est pour beaucoup, affirme Steven McAdams. Ce n'est pas le moment de rester figé dans le passé. Montréal est devenue la Mecque de la technologie et de la psychologie musicales. Les deux champs d'études joignent maintenant leurs efforts afin de créer quelque chose d'extraordinaire. »
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