Le vocabulaire que les humains emploient pour décrire la douleur est étonnamment vaste : sensibilité, piqûre, élancement, brûlure, douleur fulgurante, et ainsi de suite. Mais l'éventail de traitements disponibles pour contrer la douleur est assez limité : une poignée d'analgésiques auxquels s'ajoute la maxime : « Si vous avez mal en faisant un mouvement, ne le faites plus.»
Pourquoi a-t-on mal et comment se fait-il que telle personne plutôt que telle autre ait mal, tel jour plutôt que tel autre, voilà deux questions qu'on a commencé à se poser il y a quelques décennies à peine. Jusque-là, on concevait la douleur comme un symptôme à contrôler, plutôt que comme un état en soi à traiter.
Titulaire de la chaire E. P. Taylor d'études sur la douleur au Département de psychologie de McGill, Jeffrey Mogil étudie la réalité aux facettes multiples qu'est la douleur, et applique différentes techniques perfectionnées à ce problème. « Durant dix ou douze ans, notre laboratoire s'est concentré sur la génétique, précise Mogil. Aujourd'hui, nous nous intéressons davantage à la relation entre la douleur et la communication sociale chez la souris. »
Mogil a attiré l'attention du monde entier, quand il a publié les résultats de recherches démontrant que les femmes rousses réagissent mieux à certains analgésiques que leurs frères ou soeurs blonds et bruns, à cause d'un gène unique qui affecte à la fois la couleur des cheveux et l'effet analgésique. Ses travaux ont démontré que, chez les femmes, la douleur se transmet par des mécanismes autres que chez les hommes, découverte qui pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements conçus sur mesure en fonction du profil génétique du patient.
Mogil a de nouveau retenu l'attention des médias lorsqu'il a découvert que les souris perçoivent la douleur qu'éprouvent d'autres souris et y réagissent, ce phénomène étant connu sous le nom de « contagion émotive ». Les expériences de Mogil ont démontré que les souris qui sont témoins de la douleur d'autres souris réagissent ensuite plus vigoureusement aux stimuli douloureux, même si ces stimuli sont appliqués à une autre partie de leur corps.
Ces résultats ajoutent une dimension psychologique à la gestion de la douleur, selon Mogil. « Le simple fait d'observer un animal qui éprouve un type de douleur nous rend plus sensible à d'autres types de douleurs; cette manipulation sociale de la douleur sensibilise l'ensemble du système de la douleur. »
Mogil affirme qu'avec le vieillissement de la population, il faudra mieux comprendre et traiter la douleur. L'expertise pluridisciplinaire que possède le Centre de recherche sur la douleur de McGill sera un facteur de tout premier ordre dans les efforts déployés en ce sens. « Nous pouvons faire appel à des gens qui travaillent dans l'immeuble voisin, pas dans le fuseau horaire voisin. Les choses se font plus vite quand on est au même endroit. »